Meeting de Forbach : Pauline Lett tire sa révérence devant son public

Devant famille et amis, Pauline Lett a mis un terme à sa carrière ce dimanche. Pour la région, il faudra se souvenir longtemps de la profonde empreinte laissée par une championne qui aura su surmonter tous les obstacles pour toucher son rêve de haut niveau du doigt.

Il était 15 h passées de quelques minutes, ce dimanche sur le stade du Schlossberg, quand l’air est soudainement devenu… lacrymal. Les nuages avaient beau rester à distance raisonnable, les yeux étaient bien embués pour suivre, dans un silence de cathédrale, le départ de la dernière série du 110 m haies.

Couloir 5, seule au milieu de tous, Pauline Lett avait choisi le meeting international de Forbach pour tirer sa révérence. A une poignée de kilomètres du foyer de son enfance et quelques centaines de mètres seulement de Jean-Moulin, le lycée de son adolescence, la jeune fille devenue grande dame de l’athlétisme français voulait le carre de ses débuts pour le dernier instantané de sa vie. Tellement logique pour elle.

Car avec Pauline Lett, 34 ans et deux titres de championne de France élite dans une des spécialités les plus baignées d’incertitude, s’en va, aussi, une certaine idée de l’athlétisme. Et c’est Julien Choffart, son entraîneur et compagnon dans la vie, qui la résume le mieux : « Pauline, tout ce qu’elle a, elle ne le doit qu’à elle-même. On ne parle pas d’une fille hyper précoce, qui n’a pu faire que de l’athlétisme et s’y consacrer à 100 %. Elle s’est construite saison après saison. Elle a toujours été exemplaire, à tous les niveaux. Il y avait les conseils de classe, les élèves à gérer (elle est professeur d’EPS dans la vie civile)  ; quand elle était à mi-temps, c’était un vrai mi-temps, elle n’a jamais triché. Partout, dans tout ce qu’elle faisait. Et c’était une guerrière ; plus guerrière, je n’ai jamais vu. »

« Elle a ouvert des portes »

De sa première médaille nationale, un jour de mars 2011 à la longueur, à cet ultime titre de championne de France élite du 100 m haies, assorti d’un immense chrono de 12’’94 au cœur de cette année 2024 bénie pour le sport français, la Stiringeoise a aussi dû composer avec ce syndrome de l’imposteur qui colle à la peau des filles trop terre à terre pour se prendre pour des autres. « Elle ne s’en rend pas assez compte, mais elle a ouvert des portes à tellement d’athlètes, tellement de petites jeunes de son groupe d’entraînement », rallonge Julien Choffart. « Sa longévité était exceptionnelle, personne n’a gagné deux titres en élite sur les haies, comme ça, à sept ans d’écart. »

Elle aurait pu aller encore plus vite, « car ses intervalles parlaient pour elle et qu’elle aurait pu faire 12’’70 », mais « il était temps d’arrêter », reconnaît son entraîneur. « On en a parlé sereinement, tous les deux, et on était du même avis. Elle a eu un pépin au tendon, elle devait même courir bandée aujourd’hui, donc c’est bien que ça s’arrête comme ça, ici et devant tous les siens. On ne peut pas avoir de regrets : on est dans un système qui fait qu’elle a fait un parcours extraordinaire. Elle a toujours eu du talent, elle a fait une carrière géniale et elle est devenue, en même temps, une femme superbe. » Que l’athlétisme regrette déjà.

« Normalement, si je fais ce chrono,je ne finis pas en souriant »

Égale à elle-même, finalement. Démarré dans des larmes contenues, alors qu’elle était dans les starting-blocks, la tête baissée, le dernier 100 m haies de la carrière de Pauline Lett s’est fini dans un sourire, immense. « C’était vraiment compliqué, j’ai eu des larmes, je n’étais pas très concentrée, c’était difficile de faire la part des choses et ça explique pourquoi le départ n’est pas bon, peut-être », relève-t-elle. En 14’’22, ce n’est pas « la meilleure performance de ma vie mais c’est une des plus belles courses de ma vie » : « Normalement, si je fais ce chrono, je ne finis pas en souriant mais pour cette fois, j’ai fait une exception (rires). »


« Très contente d’avoir fini là où tout a commencé » et où elle a vu, pour la première fois, l’exigence du haut niveau, elle part sans regret. Accomplie. Et, à vie, double championne de France élite.

REPUBLICAIN LORRAIN FORBACH

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